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La notion de sentiment - L'âme sensible au XVIIIème siècle



L'âme sensible : sensibilité et préromantisme

La sensibilité après 1750
Contre le rationalisme desséchant et l'abus de l'esprit, s'élève la sensibilité, qui, trop longtemps contenue, inonde la littérature de l'époque. Diderot théorise sur le sentiment, et Rousseau porte aux nues la sensibilité comme qualité d'une grande et belle âme. Le public est alors prêt à recevoir La Nouvelle Héloïse, roman qui exalte les vertus, qui met en scène des sentiments hors du commun, des effusions de larmes, des extases, des soupirs et des désespoirs.
Le sentiment est le guide le plus faillible que l'homme puisse avoir. Il est un instinct plus vrai et plus sûr que la raison. La sensibilité nous conduit à la vertu. La preuve est le bien être que nous ressentons quand nous avons fait le bien. L'idée de la bonté originelle de l'homme permet de considérer le cœur comme un guide infaillible. La passion fait accéder l'homme à la vertu, car elle est l'élan le plus spontané et irrésistible de notre être.

Le devoir et la vertu s'accompagnent de voluptés pour celui qui se laisse guider par les délices du sentiment. La sensibilité revêt plusieurs formes : exaltation puissante, source de création poétique selon Diderot, ou douce langueur mélancolique d'une âme solitaire qui communie avec la nature selon Rousseau.
Or cette faculté de ressentir si puissamment est un « fatal présent du ciel » d'après Saint Preux dans la Nouvelle Héloise de Rousseau, car elle secoue l'âme et la laisse errer au gré des saisons, des humeurs. Le sensible est à la fois malheureux et heureux de ce don : la souffrance déchire les cœurs avec plus de force que pour n'importe quel autre homme, mais la joie de se sentir une âme sensible compense la douleur et la transforme en volupté.

Des âmes ardentes se sont révélées dans la correspondance féminine : Mme Du Deffand et Melle de Lespinasse ont toutes deux développer une éthique de vie fondée sur la passion, le sentiment qui seuls font qu'un être se sente vivre. Etre trop intellectuelle dessèche les cœurs et éloigne du bonheur, vivre selon ses passions est un remède à l'ennui et donne un sens à la vie.
 
Le préromantisme

On traduit les œuvres anglo saxonnes de Richardson, Shakespeare, Young et Ossian. En Allemagne, c'est Goethe et Werther qui attirent la sympathie du public.

Les écrivains se mettent au centre de leur œuvre, exposent leur mélancolie, leur orgueil. De fait les écrits revêtent une forme largement autobiographique.
- la nature entretient avec l'âme humaine des rapports privilégiés. Elle offre des spectacles pour apaiser les cœurs, crée un sentiment d'harmonie universelle, développe une poétique des ruines, des clairs de lune, des bruits sourds et mystérieux propre à pénétrer l'énigme du monde.
- le sentiment religieux s'intensifie, aidé par la solitude propice aux introspections.
- l'amour est évident le thème majeur car il fait ressentir une palette illimitée de sentiments : le délire, les tourments de la jalousie, l'envie de suicide. Les thèmes romantiques de la prédestination des amants, de la fatalité de la passion, de la fuite douloureuse du temps, de l'oubli dans le voyage sont déjà présents dans La Nouvelle Héloïse.

L'exotisme est aussi un thème du XVIIIème que Bernardin de Saint Pierre a développé dans Paul et Virginie. La nature retrouve ses droits et il n'est pas étonnant que la poésie bucolique de Chénier côtoie les écrits contestataires de rousseau contre la prolifération des villes. Le mal du siècle a été inventé bien avant Chateaubriand.